La belle aventure de Richard aux Mosses

Ma 7e Ski-24, cette année en solo !

Se lancer un défi pour une chose qu’on aime, cela rend plus facile la tâche même s’il s’agit de skier durant 24 heures non-stop en individuel ! Car après tout, c’est dans la tête que ça se passe, bien longtemps à l’avance, pour relativiser pareille situation…

 

 

 

 

Tout cela pour dire qu’on est dans un monde où tout va vite et que finalement, 1 jour ou 24 heures ou 1440 minutes ou 86400 secondes, ce n’est pas si long que ça ; il n’y a qu’à penser à là où on était il y a tout juste 24h pour se rendre compte qu’on a peut-être même pas eu le temps de faire tout ce qu’on voulait !

Partant de ce principe, il n’y a pas lieu de penser que cette course que je me suis infligé va donc durer une éternité ! Et puis, après avoir déjà concouru à 4 reprises en équipe de 3 et 2 fois en équipe de 8, la liberté du choix (de 1 à 10 coureurs par équipe) m’a incité à l’aborder cette année tout seul comme 28 l’ont déjà fait depuis sa création en 2013 (après cette 7e édition, on est désormais 38, avec 4 coureurs ayant participé au moins à 2 reprises). Venons-en au principal, au déroulement de cette balade un peu particulière. J’ai choisi volontairement le mot balade pour m’ôter toute pression comme cela m’arrive parfois lors des longues distances sur le circuit national. Et à ce sujet, fort de mon podium dans ma catégorie au classement général du Marathon Ski Tour concrétisé quelques jours plus tôt au terme du Marathon des Glières, j’arrivais aux Mosses vraiment décontracté, sans la nécessité d’essayer ses skis, de s’échauffer, tout le rituel habituel d’avant course. Mais je ne peux pas dire que je prenais le départ de cette 7e édition dans les meilleures conditions de fraîcheur, si on considère mes participations à 3 longues distances les dimanches précédents (Massacre, Savoyarde et Glières) ajouter à deux mauvaises nuits dans la semaine en raison de la pleine lune, les baîllements répétés sur le trajet en voiture me laissaient un peu perplexe mais pas pessimiste pour autant, loin s’en faut !

Me voilà à 10h30 samedi arrivé sur place, le temps de saluer les copains copines du club engagés dans deux équipes (6 hommes et 10 femmes), de récupérer mon dossier de coureur, de me préparer en tenue sans oublier d’épingler le dossard et de fixer la puce aux deux chevilles, de manger un sandwich au jambon minutieusement préparé à la maison et d’aller aussi encourager les jeunes Dragons en piste sur la Mini Ski-24 (finissant 2e sur 40 équipes classées) ! 11h45, il est temps de se placer sur la ligne et d’attendre sagement le starter donné à midi pile. Autour de moi, des skieurs de fond déguisés dont un spécimen revêtu uniquement d’un caleçon de bain, aussi quelques sympatiques fondeuses en shorty ! C’est chaud sexy tout ça, le soleil commence à bien taper, bref la température monte ! Le public est aussi présent en nombre pour encourager la petite centaine de coureurs prêts à en découdre pour un tour pour certains ou davantage pour d’autres ! Me voilà élancé et rapidement je constate que la piste est déjà bien dégradée. Certes, l’enneigement est plus que satisfaisant avec encore au moins 70 cm de neige (le domaine nordique des Mosses est situé autour de 1500 m d’altitude) mais les températures plus que printanières transforment inéluctablement la neige, en tout cas dans les portions exposées au sud, soit sur les trois quarts de la boucle de 4 km. Je me fais vite une raison comme quoi il va falloir soigner encore plus sa technique avec des appuis très légers pour éviter de se griller trop tôt ! Alors que les jeunes Dragons m’encouragent à leur tour, bien placés dans la zone de vie (départ/arrivée/passage des relais), le speaker en profite également pour saluer pratiquement à chaque bouclage plus particulièrement les coureurs engagés en solo dont je fais partie. Cela fait plaisir et permet de se relancer pour une boucle supplémentaire. Concernant cette boucle de 4 km avec 70 m de dénivelé positif, il n’y a aucun sentiment de tourner en rond comme on pourrait le croire : le parcours ponctué de montées, de dévers, de descentes dont certaines avec des épingles et de quelques parties plates heureusement bien sûr, ressemble à tout sauf à un circuit monotone ! A 17h30, il est temps de prendre un petit quart d’heure de pause pour se ravitailler. Charles, le responsable du parcours me laisse le privilège d’inaugurer ensuite lors de ma reprise, la piste parallèle fraîchement damée (il y a en fait 2 boucles de 4 km qui sont utilisées en alternance toutes les 6h environ, ce qui permet aux coureurs de profiter d’une piste en bon état, l’autre qui n’est plus utilisée étant ensuite retravaillée et ainsi de suite). A mon bouclage qui suivit, je lui fais un signe de la main, exprimant que c’était un vrai régal, rien à voir au niveau glisse par rapport à ce qu’on a connu au préalable. Il faut dire qu’avec la baisse du thermomètre, la neige avait bien retendu et commençait à durcir. De quoi skier en prenant plus de vitesse en descente et en se fatigant beaucoup moins dans les faux plats montants. Il y a juste la « Mordenbacken » (raidillon d’environ 50 m jusqu’à 25% de déclivité) qui brasse toujours un peu ! Mais bon, comme pour les véhicules lents sur autoroute, il suffit de serrer à droite pour laisser passer les plus rapides tel le champion Suisse Erwan Kaeser ! Et arrivé au sommet, le retour en descente n’est que récompense.

18h45, la nuit tombe, il est temps d’aller se restaurer dans le chalet nordique (une bonne assiette de riz avec émincé de poulet) et de s’équiper ensuite de la lampe frontale. A 19h30, une autre course commence. Avec la nuit, les repères sont différents mais le rythme est toujours là et la piste tient toujours voire même a tendance à lustrer par endroits notamment dans les virages serrés. Il faut être vigilant afin d’éviter d’être éjecté vers l’extérieur, ce qui m’est arrivé une fois, à vouloir faire le malin en prenant le meilleur sur un autre concurrent ! Aussitôt relevé aussitôt reparti pour continuer d’enchaîner les tours. Avec l’idée d’en effectuer 60 (soit 240 km), je me disais qu’il était bien de pouvoir déjà en faire un peu plus de 30 à minuit. Ce qui était le cas et à 2h, où je décidais de prendre une nouvelle pause, j’en étais à 40. Sous la tente des Dragons, je voyais la rotation des équipes entre ceux qui allaient se coucher et ceux qui en revenaient. Quant à moi, après un bon petit sandwich au fromage de chèvre avec du tofu, c’était retour sur la piste… pas de danse mais de ski 30mn après (la Ski-24, c’est aussi des animations avec entre autres une soirée dancing à l’intérieur de l’espace nordique). Je m’étais dit ensuite que ce serait pas mal d’arriver à boucler 50 tours juste avant le p’tit-déj aux alentours de 7h pour pouvoir ensuite aborder la dernière partie avec plus que 10 tours à réaliser. La musique diffusée depuis le bar des neiges situé à mi-parcours faisait du bien à ce moment-là avec de bons morceaux notamment de Pink Floyd, Queen, Men at Work… La pleine lune et les étoiles venaient compléter ce tableau magique d’un skieur de fond glissant à 4h du mat’ quelque part sur les hauteurs du canton de Vaud !

Les aiguillent continuent de tourner, moi aussi avec 51 tours juste avant d’aller au breakfast. Un moment attendu car je sais, comme les autres années, que le buffet est copieux. Je me sers donc sur un grand plateau du porridge, des céréales, du pain avec miel, beurre et confiture, du fromage, de la viande des Grisons, du pâté-croûte, un oeuf, une compote et un café (le premier du reste !). Je vais rejoindre mon pote Guillaume participant lui aussi en solo, qui a difficilement supporté la nuit quasi blanche qu’il a passé et comme lui, je n’arrive pas à avaler quoi que ce soit ni même boire le café… Mince alors ! Si bien que je repars presque sans rien avoir mangé, en passant par la tente poser la frontale et changer de paire de ski. Me voilà reparti pour 9 tours qui me paraîtront interminables. A chaque boucle, il devenait impératif de bien s’hydrater, de manger des morceaux de banane et de petites tranches de pain d’épices mis à disposition au stand de ravitaillement. Là, ça passait, je pouvais avaler, ouf sinon je pouvais craindre le coup de fringale. Je savais que l’objectif était jouable mais j’évoluais au ralenti et la moindre montée devenait pas un calvaire mais presque ! Heureusement, il y avait des coureurs en équipe qui me boostaient en me dépassant (j’en doublais tout de même encore quelques- uns, j’avoue !). A ce moment-là, j’ai mis le mode mental en service, histoire de faire abstraction à une certaine fatigue qui me gagnait tout le corps et en pensant à tout autre chose.

Et ça a marché, comme quoi il est possible de se surpasser, d’aller au-delà d’un certain confort, non pas pour souffrir mais pour se donner du courage, de la bravoure. Il suffit d’un peu de volonté et la force d’y croire pour atteindre ses objectifs. Juste avant 11h30 après avoir accompli mon 60e tour, on me renseigne que les 3 poursuivants sont entre 3 et 4 tours derrière moi ; autrement dit, impossible pour eux en 30mn de me passer devant. Alors, j’aurais pu faire 1 tour supplémentaire (j’avais même la possibilité d’en effectuer 2 si je passais la ligne après le 61e tour avant 11h59mn59sec) mais je préférais en rester là, satisfait de l’exercice accompli ! Ma 7e Ski-24 restera longtemps gravée dans ma mémoire. C’était la balade d’un skieur de fond heureux !

Résultat : 60 tours de 4 km soit 240 km, 5e sur 10 classés.

 

Richard Varaine

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